Né en 1969 dans la région parisienne, Olivier Peyon a grandi à Nantes où après une licence d'économie, il décide de revenir à Paris pour travailler comme assistant de production, notamment sur les films d'Idrissa Ouedraogo.
Après un passage par le centre national de la cinématographie, il réalise 5 courts métrages dont PROMIS, JURE (1996) primé à Rennes, JINGLE BELLS (1997) sélectionné à la 54ème Mostra de Venise et primé à Brest, Sarlat, Brest et Rennes, CLAQUAGE APRES ETIREMENTS (2000) et A TES AMOURS (2001), primé à New York, Gardanne, Luchon, La Ciotat ; Ces deux derniers films étant nominés aux Lutins du courts métrages.
Parallèlement à la réalisation, il a traduit (sous-titres et/ou doublage) quelques cent cinquante films, dont LE VENT SE LEVE de Ken Loach, INTOLÉRABLE CRUAUTÉ, O BROTHER, THE BIG LEBOWSKI, FARGO des frères Coen, HIGH FIDELITY, HI-LO COUNTRY de Stephen Frears, TRAINSPOTTING, PETITS MEURTRES ENTRE AMIS de Danny Boyle, 4 MARIAGES ET 1 ENTERREMENT de Mike Newell, DANS LA PEAU DE JOHN MALKOVICH de Spike Jonze, COUP DE FOUDRE À NOTTING HILL de Roger Michell, USUAL SUSPECTS de Bryan Singer, HUMAN NATURE de Michel Gondry
LES PETITES VACANCES est son premier long métrage. Il a été lauréat des Trophées du premier scénario CNC en 2003, a reçu le prix Gan du meilleur scénario au festival des scénaristes de la Ciotat et a été retenu pour les lectures de scénario du festival Premiers Plans à Angers en 2004, festival où le film sera projeté en avant première en 2007 lors d'un hommage
cinquante ans de carrière de Bernadette Lafont.
Entretien avec le réalisateur :
LE PROJET
Derrière lhistoire dune grand-mère qui kidnappe ses petits-enfants, il y a la volonté de raconter une histoire universelle, faire un portrait intime qui commencerait par la comédie avant de flirter avec le drame. Ça me semblait particulièrement approprié à cette femme qui se jette à corps perdu dans son rôle de grand-mère modèle, mais va devoir se réinventer en tant que femme. Derrière le vernis, je voulais filmer les craquelures, les fissures, doù la volonté de tirer cette comédie familiale vers un drame de lintime et peut-être un drame tout court.
LE PERSONNAGE DE DANIELE
Pendant lécriture, je me souviens avoir avoué à Cyril Brody, le co-scénariste, "Danièle cest moi !". Je cherchais le vertige dont on est pris quand on a limpression que plus rien nest possible, mais que tout pourrait lêtre à nouveau si on consentait à faire face, à lâcher prise quitte à déraper. Ce sont des périodes de remise en question qui nont pas les mêmes répercussions ni la même intensité à chaque âge de la vie. "Il y a deux âges privilégiés pour se préoccuper du sens de la vie : ladolescence où tout est en éveil, où linquiétude, qui peut être extrême, est matinée despoir sous-tendu par les forces vives en ébullition, et puis le moment de reconnaissance, lintime conviction de la naissance de la vieillesse, de son parcours inéluctable, point de départ dune interrogation à vous rendre fou sur votre devenir." Jai découvert le livre Claude Olivenstein Naissance de la vieillesse après lécriture du scénario, mais cétait vraiment de ces deux âges dont nous parlions. Danièle est institutrice à la retraite, habituée à son rôle de grand-mère parfaite, utile, efficace, pédagogue, toujours prête à brandir de vraies valeurs au lieu dêtre dans la spontanéité et dans la sensation. Or, à loccasion de ces petites vacances avec ses petits-enfants, elle dérape. Elle prend conscience quelle ne peut plus se satisfaire de ce rôle de "mamie utile" dans lequel elle sest sûrement enfermée elle-même, elle prend conscience que sa petite-fille commence à avoir un corps de femme, séduisant, sexuel, un corps quelle croit avoir perdu. Tout lenjeu du film, cest dobserver comment ces deux femmes acquièrent, séchangent et se transmettent cette féminité.
BERNADETTE LAFONT
Danièle est un personnage complexe, en demi-teinte, en contradiction. Elle dit une chose, mais son corps en exprime une autre. Elle voudrait être forte, mais nest que fragilité ; elle se veut aimable, mais devient impulsive, presque violente ; elle veut tout contrôler alors quelle narrive même plus à se comprendre. Elle doit à la fois être sympathique, émouvante, un peu ridicule au début quand elle senferre dans son rôle de mamie, mais elle doit aussi nous apparaître inquiétante et menaçante à mesure que la situation dégénère. Bernadette Lafont apporte demblée une force au personnage, une possible violence qui évite den faire une victime, de sa famille ou de la société. Sa pétulance et son dynamisme rendent le personnage drôle et attachant, mais ce qui mintéressait surtout, cétait de travailler sur la fragilité. Cest un vrai contre-emploi pour Bernadette qui a rarement joué des femmes en perdition. Pour travailler le rôle, nous avons cherché à faire ressortir sa douceur, ses fêlures, pour apporter au personnage complexité, profondeur et émotion. Elle a tout de suite aimé le scénario, même si elle se méfiait du personnage de Danièle, tellement loin delle. Conduire Bernadette à cet état de lâcher prise était pour moi un enjeu de taille, dautant que je ne soupçonnais pas à quel point cétait nouveau pour elle. Avant le tournage, elle ma spontanément proposé darrêter de se colorer les cheveux et de laisser sa couleur naturelle. Plus tard, elle a accepté de travailler avec très peu ou pas de maquillage. Elle ma également étonné par sa franchise à parler de la raréfaction, les années passant, des occasions de se confronter à des personnages aussi forts que ceux quon a pu lui proposer par le passé. Ses problématiques de comédienne et de femme rejoignent celles du personnage et cest sûrement ce qui explique son implication si forte dans ce projet.
DIRIGER LES ACTEURS
Plutôt que de les diriger, jessaie de les "mettre en humeur". Il ny a pas de méthode unique puisquil ny a pas de comédiens identiques. Sur Les Petites Vacances, cest dautant plus vrai que Bernadette, Adèle et Lucas ont chacun une histoire humaine et cinématographique spécifique. Bernadette a la carrière quon lui connaît, Adèle était en pleine adolescence, avait tourné dans deux films mais jamais de premier rôle. Quant à Lucas, il navait que 6 ans et navait jamais tourné. Javais donc trois façons totalement différentes de leur parler parce quils nattendaient pas la même chose de moi, cest tellement intime le rapport avec un comédien... Pour les mettre en confiance, jai moi-même besoin dêtre en confiance et donc de les connaître, pas de façon anecdotique ou factuelle, mais de comprendre comment ils fonctionnent. Après, je madapte.
LA MUSIQUE...
Jaime lidée de "réalisateur-musicien". Jai longtemps joué dun instrument et quand jécris un scénario, je dois trouver lair, la chanson ou le genre musical qui correspond à latmosphère du film et qui maide à me mettre en condition. Avec Jérôme Baur, le compositeur, jai travaillé de façon aussi proche quavec le directeur de la photo et pendant le montage, cétait un aller-retour incessant entre le monteur et le musicien. Le film sest vraiment nourri de la musique et inversement. Comme dans mes cinq courts-métrages, je suis toujours à la recherche dun rythme propre à limage, par les cadres, les mouvements de caméra, avec des pauses et des accélérations. Ici, la musicalité est renforcée par le côté road movie du film, laventure de Danièle et de ses petits-enfants étant ponctuée par les rencontres avec lhomme du palace (Claude Brasseur) ou Nicole (Claire Nadeau). Le personnage de Danièle, comme une ligne de basse, porte la mélodie du film qui se développe de séquence en séquence, pour changer de rythme quand elle se jette à leau et traverse le lac Léman en bateau. De lautre côté, elle bascule dans une toute autre dimension, une toute nouvelle mélodie.
LA SCENE FINALE
Une question dinterprétation ! Certains pensent quen partant, elle va vraiment réfléchir avant de retourner vers sa famille, dautres pensent quelle va se suicider, dautres quelle va retrouver Brasseur... Javais pleinement conscience de cette fin ouverte, même si je ne suis pas forcément daccord avec toutes les interprétations, mais ce que jaime, cest que lorsque les spectateurs me livrent la leur, ce nest plus de mon film quils me parlent, mais deux.